La pratique de la psychanalyse
Quoi espérer de la psychanalyse ? la levée des symptômes puis l'extraordinaire

Ce n'est pas par hasard que l'on décide de faire une psychanalyse qui peut durer de quelques mois à plusieurs années à raison de 1 à plusieurs séances par semaine. Freud pratiquait des cures de 6 à 9 mois à raison de 3 ou 4 séances par semaine. Parfois plus court, c'est aujourd'hui souvent plus long compte-tenu des contraintes de disponibilité de chacun. C'est le désir inconscient de chacun qui gouverne. Sa force. Son intensité. Ce que l'on vient chercher. La priorité que ça représente dans la vie. Alors pourquoi pas 3 ans ?  

 

La question de la durée du travail est aussi relative. Si faire face à la souffrance, à des résistances, à des hauts et des bas, est oui, désagréable, à chaque fois, à l'inverse, traverser, contourner, faire un pas, fait jaillir une trouvaille, libératrice de grandissant plaisir et bonheur.​ 

 

Face aux multiples promesses de psychothérapie rapide (plus de 400 qui refoulent le vrai inconscient...), il faut souligner qu'il n'y a qu'une seule psychanalyse de l'inconscient réel (pas celui imaginé ou mystifié par la conscience comme quelque chose d'obscur et inaccessible).

Quiconque peut faire une psychanalyse. La psychanalyse moderne se passe au temps présent. Elle n'est pas un travail intellectuel. Ses effets se ressentent dans le corps, car la parole inconsciente traverse le corps avant de s'introduire à l'esprit. C'est l'ordre du système inconscient. La révélation progressive de son désir inconscient conduit chez l'analysant la levée des symptômes.

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​La psychanalyse permet à chacun d'apprendre à entendre la parole de son inconscient, pour s'adapter à son désir plutôt que de s'en écarter. Elle met fin à l'échec, au mensonge, au doute, à la répétition du symptôme, au cycle infernal d’alternance des joies et des tristesses. Elle éclaire l'histoire autrement. Elle modifie le rapport à soi-même et à l'autre. Elle crée un nouveau rapport à la vie, l’amour, la sexualité, le couple, la famille, les amis, le travail, l'argent, la société, la religion... le temps et la mort.

La psychanalyse permet d'apprendre la structure du langage, fondement de la condition humaine et constitutive du lien social entre les êtres humains. Elle permet à chacun et pour lui même de répondre aux 3 questions existentielles Kantiennes, "que puis-je savoir", "que puis-je faire'", "que puis-je espérer". Et révèle désir, plaisir et bonheur.

Jacques Lacan puis Guy Massat ont fait un lien entre la psychanalyse et le bouddhisme, le Zen ancien. Pas le Zen moderne et dévoyé de la méditation, de la vaine et épuisante tentative de refoulements des pensées par la conscience. Le Zen joyeux, authentique et créateur, celui du Djâna ! Dans le Zen ancien et authentique, le "Khât", le subitisme est la parole du vide qui pousse et crée.

Le cadre
Le travail

Une règle d'or, "tout dire". 

Pourquoi ? Parce que "l'inconscient est structuré comme un langage" Jacques Lacan.

La parole a  deux  versants. Celui de la conscience et celui  de l'inconscient. Chaque dire, équivoque, porte l'écho d'une parole inconsciente, "véritable" à sa source. Tantôt fixation imaginaire inconsciente à l'origine d'un symptôme, tantôt signifiant d’un désir inconscient qui ne cesse de cogner à la porte pour être reconnu. 

​C'est la découverte la plus fondamentale sur l'inconscient - tendance à dire pour moi sur la condition humaine - faite par Jacques Lacan. Ce qui signifie qu'il existe une parole véritable, inconsciente, que le travail de psychanalyse apprend à faire entendre. 

 

Cet opérant point de vue rejoint, en Occident, la pensée des sophistes présocratiques. « J’isole les mots pour voir ce qu’ils renferment » Héraclite. Tout comme Socrate qui n’a jamais rien écrit, parfois qualifié de premier analyste. En Orient elle est celle de Lao Tseu et du Zen ancien. 

​L'association libre sur le divan, consiste donc à dire en laissant aller ses pensées, presque penser à haute voix. Elle est la base du travail psychanalytique. C'est d'ailleurs, dans le faire face à une résistance à dire, que se cachent souvent les refoulements les plus difficiles à libérer.

Soyez assuré que ça travaille tout le temps, et que tant que ça n’est pas reconnu, ça revient. Donc si ça ne vient pas tout de suite, ça finit toujours par venir. 

​Cette pratique du "tout dire", de l'association libre vient progressivement avec la levée des inhibitions, la confiance grandissante obtenue par le travail sur le divan, les premières et réjouissantes trouvailles. 

​Comme on veut parfois le faire croire pour l'opposer aux promesses de thérapies modernes et rapides du bien-être, la psychanalyse n'est pas un travail intellectuel. Il ne s'agit pas de tout reprendre et tout raconter du fil de sa vie pour y trouver ce que serait un sens du point de vue de la raison.

C'est plutôt tout le contraire. Sortir de la croyance d'un passé qui boucherait le temps présent pour reprendre sa marche en avant. Oui, l’être humain est culturel, produit de générations antérieures, oui, il y a des fixations inconscientes à trancher, mais la vie, la psychanalyse, le "devenir" s’éprouve au moment présent.

C’est de ça dont il s’agit. Le contenu du travail est donc apporté par l'analysant dans son dire, à puiser, tantôt dans les rêves (la voie "royale", on prend goût peu à peu à ne plus les refouler), tantôt dans les traits d'esprit (pour les poètes et humoristes), tantôt dans la psychopathologie de la vie quotidienne (actes manqués, lapsus, oublis, souvenirs écrans, erreurs, procrastination).

Les croyances, les certitudes, les colères, les lassitudes, les doutes, les "c'est trop dur", les "c'est pas ma faute", les "ça marche pas pour moi", les "j'imagine que", les "il ne sait pas", les "je ne le dis pas"... sont les nombreux masques et prétextes de la conscience pour résister au jaillissement du désir inconscient (refoulement, "re-fous-le-ment", refus à entendre la vérité de l'inconscient).

Il n'est jamais facile de se remettre en cause, sortir des fonctionnements, des défenses et façons de pensée mises en place (forte) depuis plusieurs années.​ Mais le désir inconscient gouverne et se signale en symptôme tant qu'il n'est pas libéré. Il est insistant et revient toujours plus fort. 

Alors, c'est la question du choix de sa façon de vivre. Continuer à endurer son symptôme, ou, prendre le temps d'apprendre par soi-même à vivre dans le bon sens, celui qui fait du bien, celui de son désir ("a-prendre", a, petit objet représentant de l'objet cause du désir).

Le cabinet d’un psychanalyste est un lieu de parole libre.

Le ou les premiers entretiens permettent dans une discussion de face à face, de faire connaissance et de qualifier ou pas l'entrée dans le travail de cure par la parole - de voyage dans l'inconscient.

 

​L'analysant exprime les raisons qui le conduisent à vouloir entreprendre un travail de psychanalyse. Le psychanalyste rappelle l'objet de la psychanalyse, le cadre de travail que chacun doit respecter, et fixe aussi le prix (adapté à chacun) et la fréquence des premières séances sur le divan. L'un et l'autre sont libres de ne pas donner suite sans qu'il soit nécessaire de se justifier.

​Il n'y a pas de règle sur la fréquence des séances qui par ailleurs peuvent évoluer au cours de la cure. Cela va de 1 à plusieurs séances par semaine. Il faut être à l'heure et tenir chacun des RDV fixés. La séance dure en théorie 45 mn, dans la pratique lacanienne, elle peut être écourtée ou allongée sans que ce soit la faute du psychanalyste mais bien le résultat du travail de l'inconscient.

La fin des séances est en effet marquée par le psychanalyste, ​dans une action dite de "coupe" pour que la prise de conscience d'un dire inconscient puisse se faire chez l'analysant, avant qu'il ne le recouvre. Le travail se fait en conséquence dans la notion dite "d'après coup". Il n'y a pas de changement possible, sans à nouveau et perturbant point de vue .  ​

La durée de la cure est donc elle aussi variable. Elle suit le fil du désir inconscient de l'analysant. Elle peut être l'évacuation d'une angoisse, d'un symptôme, d'un mal être... la découverte de l'identité, du bon sens et du désir inconscient. Il s'agit d'acquérir responsabilité et autonomie. Capacité à savoir, comprendre et ressentir. Pouvoir de choisir et agir sans subir.

​Les temps modernes privilégient l'avoir symbolique et l'être imaginaire sans comprendre la jouissance du faire. Posent concepts de « corps » et « d’esprit » sans savoir les réconcilier. Entretiennent le mythe du résultat performant rapidement obtenu. Vite revenir à un bien-être qui serait un repos (pulsion de mort) ou jouir d'une gloire qui seraient conservée !

Prenez garde aux illusions du côté de la conscience. Le travail n'est pas forcément un signe de pénibilité. L'apaisement est très compatible avec énergie et grande activité. Il n'y a pas que du Pathos dans la cure. Eros est aussi à l'oeuvre.

​Ce qui important, c'est que le cadre soit respecté, que la cure soit prise au sérieux, voire qu'elle devienne la principale priorité de votre vie.


Il n'est pas nécessaire de lire des livres de psychanalyse pour faire une psychanalyse. L'usage du noeud borroméen est suffisant (représentation de la psychanalyse par le nouage des 3 dimensions de la parole inconsciente, que sont le réel, le symbolique, et l’imaginaire).

 

Il est même conseillé de ne pas lire, surtout au début, pour éviter la confusion. Avec le temps, si nécessaire, quelques références clés sont indiquées sur mon site, de mon point de vue.

Lacan usage du noeud borroméen
Le noeud borroméen

Le 9 février 1972, J. Lacan introduit un formidable outil de représentation du discours, de la condition humaine : le noeud borroméen.

Toute la psychanalyse est condensée dans la représentation en "noeud borroméen". Cela couronne l'oeuvre du plus talentueux des psychanalystes de l'histoire.

 

Le nouage dans la parole du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire. Le Réel sous l'Imaginaire domine le Symbolique. Le Dire a 2 versants, la parole du côté du conscient et la parole du côté de l'inconscient. Le dire est équivoque, polysémique.

 
Irréfutable

"La psychanalyse n'est pas une science, car elle est irréfutable"Jacques Lacan. Irréfutable car c'est une expérience pratique, et à chaque fois unique. Libératrice d'un savoir inconscient chez l'analysant.

Chacun est légitime à porter sa propre vérité. Il faut juste savoir l'entendre et cesser de l'imaginer dans le fantasme d'une prise au monde "limitée" par le moi (imaginaire) et le surmoi (symbolique).

Pour savoir ce qu'est une psychanalyse, il faut en faire une. L'expérience de cure par la parole, parce que dire à quelque chose à faire avec le temps, avec un manque à dire, avec un désir inconscient. 

L'essence, le tissu de la psychanalyse. Le réel apparaît par un artifice, le dire. Le dire concerne la vérité. 

Le mot fait corps

Platon a voulu donner un corps à l'idée. Mais c'est le mot qui fait corps. La parole est équivoque car le signifiant et le signifié sont séparés (le sens est pris dans l'inconscient).

 

La parole est le lien social de l'être humain mais la vraie parole, la parole véritable est la parole inconsciente. Il n'est pas facile de dire la vérité car elle est doublée par le symbolique.

 

On ne demande que ce qu'on désire mais on ne le sait pas.

Sur la représentation :

  • Réel sous l'imaginaire 

  • Symbolique sur l'imaginaire

  • Réel sur le symbolique (le domine)

  • JΦ : jouissance phallique

  • JA : jouissance de l'Autre( (barrée)

  • sens : effet symbolique dans le corps

  • a (au centre) : objet a cause du désir (D)

Illustration

La parole du côté du conscient ("semblant") :

  • la réalité : l'image de la table (vue, touchée), 

  • l'imaginaire : la photo de la table,

  • le symbolique : la définition de la table dans le dictionnaire.

La parole du côté de l'inconscient ("réelle") :

  • le réel (qui parle) : sous l'image de la table (électrons, vide...)  

  • l'imaginaire : l'image de la table (l'être, le corps, la forme, la matière),

  • le symbolique : le mot "table" ("lalangue").

Pour les amateurs qui veulent aller plus loin, voir les liens en page de références.