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Le Haut Conseil international et la Langue française et de la Francophonie, a été créé - transpartisan - le 18 juin 2020 par le communiste rénovateur Georges Gastaud et le gaulliste Albert Salon, créateurs et présidents d’associations pour le français. Il a pour objectif d'amener les candidats à la prochaine élection, à prendre,  dans leur programme présidentiel, l’engagement prioritaire de ré-introniser la langue française. L'inscription et la participation au comité sont libres et ouvertes. Ce texte, écrit à l'occasion d'une rencontre radiophonique sur Radio Courtoisie avec leur représentant, est une contribution poétique à son action.

https://www.rc.fr/2026/06/01/le-francais-en-partage-du-1er-juin-2026-campagne-du-haut-conseil-international-de-la-langue-francaise-et-de-la-francophonie-aupres-des-candidats-a-lelysee-et-des-media-les-ecrits-tuerie/

 

La Langue

 

Un jour, je me suis rendu à la Bibliothèque nationale de France, pas la nouvelle - glaciale, digitale - l'ancienne - humaine aux beaux ouvrages - qui se trouve à l'Opéra Garnier. 
 
Dans la salle d'étude, il y avait un type un peu voûté, drapé de noir, très agité. L'air sombre, préoccupé, regardant dessus dessous dans les couloirs, cherchant dans mille ouvrages, interrogeant de son regard tous les lecteurs à table. 
 
À son passage, je m'adresse à lui :
 
- Monsieur, que faites-vous donc, que se passe-t-il ?
- J'ai perdu ma langue !
- Comment ça ?
- Je vous dis, j'ai perdu ma langue ! Une belle française !
- Monsieur, vous êtes fou ! Je vois très bien votre langue ! 
- Ah mon bon Monsieur, ce que vous voyez, ce n'est qu'une langue d'emprunt, c'est une anglaise, elle n'a aucun goût !
- Oh, vous êtes bien rigolo, vous jouez avec les mots !
- Pas du tout ! Regardez, je vous dis que c'est une greffe !
 
Le type me tire la langue.
Et c'est vrai, elle était couturée, cicatrisée jusqu'au fond !
- Mais Dieu, comment est-ce possible ?
- Tout a commencé ce jour-là, où, pensez-vous, une personne de confiance, un Président de la République, pour son discours à la télévision, cet idiot-là, en 1974, avec ma langue française, qu'on avait en partage, il a parlé anglais !
- Et alors ?
- Alors ? Ici même, dans ce noble édifice, dont je suis le gardien, j'en suis tombé par terre, pas la faute à Voltaire, je m'en suis mordu la langue, j'en ai perdu le bout ! Ça a été une rupture brutale avec ma langue française. Vexée d'un tel traitement, elle a filé sans dire un mot !
- Oh, et ensuite ?  
- Le pire n'est pas là Monsieur, le pire c'est à l'hôpital. Ils m'ont dit, Monsieur, soyez heureux, vous allez goûter au progrès. Tout se fait maintenant en anglais, on va vous greffer une anglaise ! 
 
Puis le type compte lentement sur ses doigts jusqu'à sept. 
 
- Excusez-moi, mais je dois faire de gros efforts pour tourner correctement ce truc dans ma bouche avant de parler. Je me sens étranger à ma propre langue. 
- C'est à ce point ?
- Oui, comme dans un film, je me sens doublé, dépassé. Je ne comprends plus l'Histoire, ce que je vois, ce qui tous les jours se passe à la télévision...
- Pourtant vous arrivez encore à parler français !
- Détrompez-vous Monsieur, le mélange des langues crée beaucoup de confusion. Les gens disent, "oh, wesh, wesh, yes, yes, you have a new tongue, tongue, wesh, wesh !". 
- Hein ?
- Eh oui, Monsieur, mais chez moi, une tong, c'est une sandale ! Alors je me sens comme un va-nu-pieds, un traîne-savate ! À être sans cesse à l'air, cette langue manque de chaleur ! 
- Elle souffle le froid ?
- Oui, il faut toujours qu'elle ouvre son bec ! Une vraie langue de vipère, un rien lui donne des bouffées d'air ! Adieu la bonne cuisine française, je me sens comme un bouffon à bouffer tout ce qui se présente ! Un arbre sans pomme. Le brin du blé, de l'argent, d'un pain sans sa jouissance.
- Et que faites-vous ici à chercher tout partout ?
- Je cherche ma belle langue française pour me faire pardonner l'offense qui lui a été faite ; une langue latine, indo-européenne, la langue des poètes, du Parnasse, des oiseaux !
 
Je vois la tristesse sur son visage. Il sanglote. 
Puis ouvre la bouche en grand. 
 
- Regardez.
- Je ne vois rien.
- C'est normal monsieur. Il n'y a plus rien. Je sanglote parce qu'il n'y a plus de glotte. A force de gober n'importe quoi, d'avaler toutes les couleuvres de l'anglais et du progrès, ma glotte s'est aussi fait la malle ! Ce truc est une malédiction !
Alors là, quelque chose me traverse. 
 
- Attendez, peut-être, avons-nous là la solution.
- Que voulez-vous dire ?
- Monsieur, vos sanglots, c'est l'appel du 18 juin ! La France qui nous parle à la radio ! 
- Mais il est mort le Général ! 
- Vous croyez ? Peut-être, comme d'autres, dans vos sanglots, de cœurs blessés, perdant leur sang à chaque coup de dents, il n'est que mort vivant dans vos esprits !
- C'est-à-dire ?
- Peut-être que vos sanglots, c'est son appel, son coup de fil, du fil de son épée, il résiste encore depuis là-haut !
- Ça va faire revenir la langue française ?
- Monsieur, pour laver l'affront fait à la langue française, il faut l'honorer, et pour l'honorer, il faut la faire entendre dans le monde à la radio. La France s'honore à être sonore ! 
- Mais comment faire ?
- Appelez les militaires, les ingénieurs, les ouvriers... et les humoristes et les poètes... on va tout reprendre à la racine, refaire couler la fontaine, faire connaître les écrivains qui donnent l'ivresse !
 
Je vois qu'il hésite encore un peu, alors j'ajoute. 
 
- Monsieur, en France, 
 
       ... on s'embrasse avec la langue,
       ... parce que nous, on a la langue qu'est faite pour ça, 
       ... et quand on s'aime avec la langue, en France, 
 
       ... on sème partout dans le monde, 
       ... notre liberté, égalité, fraternité, 
       ... c'est notre sème éthique. 
 
Alors, il sourit, je crois qu'il a compris, et il me demande :
 
- Mais vous Monsieur, comment vous appelez-vous ?
 
Alors, parce que son esprit, lyre, je crois, était là, je souffle :
 
- Orphée...
 
Et je suis sorti,
Par la grande porte de l'Opéra Garnier,
J'ai mis un bonnet, phrygien, 
Que, bohème, j'avais par-devers moi, 
Et je me suis dit, à propos de l'Amour, 
Que danseur, est l'âme sœur, 
Faudrait en dire deux mots à la radio. 

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